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  • Anne-Sophie Ketterer

Et si on relocalisait 100% de notre production de laine en France ?


La neige est arrivée brutalement et très tôt cette année dans les Pyrénées. Les pacages se sont recouverts d’un manteau blanc et les brebis de nos montagnes sont redescendues. Ces brebis que nous entendons l’été lors de nos promenades et qui fournissent soit du lait pour le fromage, soit de la viande.. Vous êtes vous déjà posé la question de ce que nous faisions de la laine des brebis ? Vous imaginez peut être déjà un pull tricoté bien chaud... Eh bien figurez vous, qu’environ 90% de la laine des brebis pyrénéennes est détruite, brûlée ou enfouie. Pourquoi ? Parce que nous avons perdu les savoir- faires pour travailler cette matière et surtout, la laine étrangère reste moins chère.

Rencontre avec Sarah Langner, fondatrice de Marelha un bureau de développement textile qui réinvente et modernise la laine des Pyrénées.



Qu’est ce Marelha ?

Tout d’abord, Marelha que l’on prononce "Mareya" signifie “Brebis noire” en Occitan. Marelha est une agence de textile pyrénéenne. Nous avons plusieurs activités :

  • Un atelier de confection textile pour des petites marques Françaises locales comme Janēcio, Maison Izard, Agathe et Georges, HMT. Nous produisons entre 10 et 100 pièces par marques

  • Un accompagnement que je propose aux marques qui recherchent un approvisionnement durable et local, sans plastique : des matériaux textiles à partir de la laine, du liège ou du chanvre !

  • De la recherche et développement pour créer de nouveaux matériaux : par exemple un composite de déchet de laine pour la fabrication de boutons et autres accessoires.


Pourquoi as - tu eu envie de travailler la laine ?

Ma famille est originaire de la Vallée d’Aure. Depuis longtemps, j'ai le projet de monter une marque dans la vallée. Je suis passionnée par les matières et plus particulièrement par la laine. Dans la vallée d’Aure, nous élevons des brebis Auroises. C’est une race qui était autrefois utilisée pour produire de la laine et sa viande était appréciée. Aujourd’hui le nombre de têtes du cheptel a fortement diminué, les Auroises sont en voie de disparition... certaines années le cheptel remonte et l’année suivante, leur nombre devient à nouveau critique.

Les éleveurs installés aujourd’hui en Auroises sont des passionnés de cette race mais ils sont peu nombreux. Un troupeau d’Auroises serait plus difficile à élever que d’autres races comme la tarasconaise, le débouché principal qui est la viande n’est pas reconnu par une appellation et aujourd’hui le travail de la laine a disparu dans nos montagnes alors que c’était une des premières industries locales il y a des décennies.

Mon rêve, c’est de démocratiser la laine française et de faire revivre une économie locale de la laine ! C’est ce que nous essayons de faire avec un groupe d’éleveurs.

Peux tu nous en dire plus sur le travail que tu mènes pour la race Auroise ?

Avec 12 éleveurs nous avons monté un Groupe d’Intérêt Économique (GIE). Un GIE est un regroupement d’au moins 2 personnes physiques ou morales dont l’objectif est de faciliter le développement économique d’entreprises par la mutualisation de ressources, matérielles ou humaines. Le groupement rassemble des éleveurs qui peuvent avoir entre 50 à 600 brebis, le plus jeune a 20 ans, le plus âgé 76 ans, on a donc des profils et des situations très différents.

Mon atout : être du coin ! On s'est apprivoisé, ce sont des cartésiens, ils ne croient qu'en ce qu'ils voient, il faut faire ses preuves. J'aime bien cet esprit !

Je m’engage sur une quantité de laine que je leur achète avec un prix de vente que nous avons validé ensemble au préalable. Avant le lancement du GIE, les éleveurs se rencontraient à la foire annuelle, mais il n'y avait pas tant d’échange. Maintenant on se connait et on se réunit au moins une fois par an pour réfléchir à la valorisation de la filière laine. Nous aimerions aussi faire avancer la réflexion sur le débouché pour la viande, mais on manque de temps.

Comment se passe le travail de la laine ?

Avec le cheptel actuel de brebis Auroises, j’achète aux éleveurs environ 4 Tonnes de laine. Pour faire la tonte, les éleveurs font appel aux rares tondeurs disponibles, mais ces derniers ne se déplacent que pour un troupeau de plus de 150 têtes, donc il arrive fréquemment que les éleveurs fassent eux-mêmes la tonte. Je me charge du tri de la laine. C’est un très gros travail que je ne peux pas faire seule ! A cette étape, on élimine jusqu’à 50% du volume de la laine suivant les exploitations, ces pertes seront utilisées pour faire du rembourrage de coussins ou alors pour créer des matériaux composites. Pour faire ce tri, j’ai travaillé avec des bénévoles. Pendant le confinement je me suis retrouvée avec 2 Tonnes de laine à trier dans un entrepôt...J’ai fait appel à l’association Récup’action pour m’aider. Ils stockent la laine dans leur entrepôt et nous faisons le tri pendant 2 semaines avec les personnes en réinsertion qu’ils accompagnent. Cette phase qui était épuisante pour moi s’est transformée en moment convivial et riche en échanges.

Après le tri, vient l’étape de transformation et là on perd encore 50% du volume de laine ! Il y a donc beaucoup d’optimisation, de recherche à faire pour améliorer ce rendement ! Le travail de sélection des brebis pour la qualité de laine s’est un peu perdu avec le temps.. et le GIE est aussi là pour faire un travail de fond.


Tu as installé ton atelier au Tiers Lieu La Soulane, pourquoi ?

Fin 2018, je suis venue chercher un bureau à la Soulane ! J’habite à 10 min en voiture d’ici, et ça me plaisait de m’investir dans un projet collectif local qui permet de créer de l’emploi et de l’activité culturelle dans la vallée. La Soulane est un Tiers lieu situé à Jézeau près de Arreau.

La présidente de l’association de la Soulane m’a dit que dans le collectif nous étions plusieurs à travailler dans le domaine du textile. On a donc organisé un apéro pour se connaître ! Au début ce n’était pas facile car, nous avions des métiers très différents donc on ne savait pas trop quoi faire ensemble. Et puis Alexis nous a parlé de ses machines de fabrication qu’il stockait dans un garage et l’idée de monter un atelier de confection textile est venue rapidement ! Tout s’est accéléré pendant le confinement, on en a profité pour s’installer, créer notre espace et on a décroché une subvention en même temps donc on s’est lancé !

La Soulane pour moi c’est donc un collectif, un lieu de travail, et des rencontres très riches..

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées jusqu’à présent ?

Tout ! Je voulais démocratiser la laine française, mais c'est très compliqué, surtout sur une seule race. C'est difficile d'être compétitif comparé à la laine Merinos par exemple, on n'a pas assez de têtes auroises. On reste donc sur un produit haut de gamme pour le moment.

Je souhaite remercier Etienne Roumega du Bic Crescendo à Tarbes et Eticoop, qui m’ont beaucoup accompagné au lancement. J'avais été formée à l'entrepreneuriat à l’école, mais j'étais persuadée que je ne serai jamais éligible aux concours & appels à projets. Etienne m’a poussé à solliciter de grosses structures comme la BPI pour aller chercher des financements ou encore tenter des concours et appels à projet axés sur l’innovation. Cela m’a permis par exemple d’être lauréate du Start’in Pyrénées !


Quelle est ta plus grande fierté/ joie ?

TOUT ! Je ne travaille pas seule sur mes projets. Ce sont toutes ces rencontres qui me permettent de créer ! J'adore tout ce que je fais, l'atelier, le travail avec les éleveurs.. Je trouve ça bien quand on peut mêler social et entrepreneuriat ! je crois au bel entrepreneuriat, je pense qu'on peut vivre de son activité et produire quelque chose de positif pour la société !

Quelles sont les pistes de développement futur ?

On développe l'atelier de confection, je voudrais que cette activité soit pérenne, qu'on embauche, qu'on fasse les investissements matériels prévus.

J’envisage aussi de démarrer un projet de recherche et développement au Pays Basque. Là bas la problématique de la filière laine est encore plus importante : les quantités de “déchets” à traiter sont énormes.. Il y a un programme de la CCI pour trouver des débouchés de valorisation de la laine, c’est une priorité.

Je suis une éternelle porteuse de projets, j’ai plein d’idées à mettre en œuvre.. Je suis en train d’essayer de simplifier mes activités, de déléguer pour pouvoir lancer d’autres projets !

L'équipe Marehla


Pour en savoir plus sur l'agence Marehla cliquez ICI

Si la mode et le textile dans les Pyrénées vous intéresse, vous pouvez lire ICI un article sur Janēcio

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