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  • Anne-Sophie Ketterer

La Fabrique à utopie..

En lisant le livre 0 chômeur, je me suis rendu compte que tout près de là où vivent mes parents, il existait une EBE créée lors de la première phase d’expérimentation. J’ai ainsi profité d’un retour en Lorraine pour découvrir " La Fabrique " à Colombey-les-belles (54).


Aurélie Mathelin, cheffe de projet Territoires zéro chômeur de longue durée et Jean-Michel Libion, chargé de la communication du projet et ancien privé d'emploi m’ont reçue et m’ont raconté leur expérience.


La communauté de communes de Colombey-les-Belles est constituée de 11 500 habitants en milieu rural. Elle a malheureusement vécu trois grosses crises pour l’emploi : la fermeture d’une verrerie industrielle, d’une scierie et d’une entreprise de fabrication de pneu qui représentaient un gros bassin d’emploi pour le territoire.

Lorsque la communauté de communes commence son expérimentation 0 chômeur, plus de 500 personnes privées durablement d’emploi sont identifiées. Le territoire d’expérimentation rassemble 37 communes et est assez vaste. Il est décidé de le découper en 3 zones qui correspondront à 3 phases du développement du projet.


Dès le démarrage, les chômeurs s’organisent et montent une association appelée “Les Tailleurs de boulot” en référence à cet arbre qui est résilient et qui est une des premières espèces à s’installer sur un nouveau territoire ! Résilient et pionnier, un peu comme ces citoyens qui ont cru à cette utopie de créer une entreprise à but d’emploi !



Née des besoins du territoire et du potentiel des privés d’emploi, la Fabrique voit le jour en 2016 avec pour activité principale une recyclerie. Viennent ensuite les services d’entretien d’espaces verts, la taille des vignes, les travaux forestiers, le maraîchage, etc..

En 2018, une deuxième EBE (Entreprise à But d'Emploi) est créée : de laine en rêve. Aujourd’hui 95 à 98 % des laines qui sont tondues en France sont envoyées en Asie pour nous revenir sous différentes formes. De Laine en Rêves fabrique de façon 100% artisanale des produits de literie à partir de la laine issue des élevages locaux : matelas, oreillers, etc. La création de cette filière locale de laine a un impact environnemental et social non négligeable !





La recherche d’activités économiques non concurrentielles et répondant aux besoins du territoire a permis de créer 70 nouveaux emplois. Aujourd’hui le déploiement du projet a touché tout le territoire de la communauté de communes. 246 privés d’emploi ont été rencontrés, parmi eux, seulement 22 personnes n’on pas souhaité rejoindre l’expérimentation. 70 sont embauchés en CDI par les EBE et 89 personnes sont en attente d’activité. Certaines personnes sont sorties à un moment donné de l’expérimentation pour différentes raisons : retraites, CDD ou CDI en dehors des EBE, déménagement etc..


L’expérimentation est donc plutôt positive. Mais aujourd’hui aucune EBE en France n’est à l’équilibre financier. L’état et les collectivités locales contribuent à 95 % du financement des emplois rémunérés au SMIC. Cependant, il reste à trouver l’argent pour les investissements en matériel, outils de production, locaux etc.. Chaque expérimentation peut aller chercher d’autres subventions, mais la situation demande beaucoup d’agilité à chacun. C'est pour cela que beaucoup attendent les conditions de prolongation de l'expérimentation qui seront données par le gouvernement en 2020..


"Dans ce projet, tout le monde est sur le même pied d’égalité ! " C'est la plus grande fierté de Jean-Michel.

Les privés d’emploi, les acteurs économiques, les personnes en charge de l’expérimentation, tout le monde participe à la co-création des activités de l’EBE.

L’égalité fait en effet partie de l’ADN du projet et il est parfois difficile de la préserver dans l’entreprise à but d’emploi. Les conditions de travail et le management d’une EBE ne peut pas être classique. L’esprit d’autonomie, de confiance envers chacun des collaborateur doit se perpétuer.. Et comme dans toute entreprise, c’est souvent au niveau du management que ça coince !

Pour La Fabrique, il a fallu du temps pour trouver les conditions de respect de ces principes. La gouvernance a évolué d’une association vers une SCIC avec un collège de salariés, un collège pour les collectivités territoriales, un pour les bénévoles et un dernier pour les partenaires de l’expérimentation. Cette représentation des parties prenantes permet ainsi de garantir l’ADN du projet de départ.


On aura réussi quand les gens auront trouvé un autre bouc émissaire !

Pour Jean-Michel, l’impact le plus important de cette démarche c’est qu’elle change le regard que la population porte sur les chômeurs de longue durée qui deviennent acteurs du territoire de Colombey !


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